Il y a des jours difficiles, et parfois ils prennent la file l'un derrière l'autre, jaloux de tout autre horizon. Il y a le confort, d'une part, et il y a le bonheur. Ne voyez pas ici une critique mesquine et indirecte de ceux qui n'ont rien et donneraient tout pour un peu de ce confort. Mais clairement, le confort, même en en prenant une définition large (un chez soi joli et confortable, un boulot, une vie sociale...), ne suffit pas.
Combien de jours passeront, à écrire la nuit avec le reliquat d'énergie qui me reste après... tout le reste ? Combien de pages vont se noircir de bonheurs virtuels pendant que mon cerveau s'obscurcit de ne pas avancer ?
Combien la poste transportera de colis enveloppant mes fidèles manuscrits, combien de camions poubelles les ramasseront sur le paillasson des éditeurs ?
Je ne méprise pas les vies "normales", mais je suis auteur. Et peu à peu, l'auteur se fait grignoter. Ces derniers jours, j'ai l'impression d'arriver en phase terminale d'une évolution: au fond de mon corps, je crois que l'auteur commence à se cabrer méchamment. J'ai les jambes lourdes, plus aucune énergie, pas envie de me lever, pas envie de quoi que ce soit, pas faim, plus d'ambition professionnelle. L'auteur fait un croc-en-jambes à l'homme normal. C'est de bonne guerre, il ne lui reste que ça, il faut dire. L'homme normal a pour lui de ramener des sous à la maison, d'avoir des bons copains pour papoter. Et pourtant l'homme normal qui revient du travail reçoit dans son courrier les manuscrits refusés de l'auteur, ce qui lui pète le moral comme je ne saurais plus le décrire. L'homme normal voudrait consacrer plus de temps à sa famille, à ses amis, et parfois même à se reposer.
J'en n'attends plus de réponse d'éditeur pour mon premier roman (de toute façon, il faudrait que je le réécrive). J'attends encore 4 réponses pour mon second. Et 3 pour une petite nouvelle bien mignonne écrite cet été.
Je me jette sur la boite aux lettres tous les jours... et rien.
L'homme normal a encore accordé un sursis à l'auteur. C'est un frère, il a toujours envie de lui faire confiance même si jamais il n'a semblé être à la hauteur des réussites prétendues. L'homme normal n'a pas dit de combien de temps est ce sursis.
Peut-être qu'il ira mieux dans quelques jours et qu'il repartira pour un tour. Peut-être que non.
Qui tombera le premier ?
Séance de yoga bienvenue ce soir...

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